Piloter couché, une solution pour aviateurs fatigués?

Emouchet couché    

(Photo Collection Musée Régional de l'Air d'Angers).

 

L’aviation est un domaine qui ne cesse de nous étonner au fur et à mesure qu’on se plonge dans son histoire. Un exemple ? En feuilletant les pages du livre de Christian Ravel, « Le planeur SA-103/SA-104 Emouchet et ses dérivés », le lecteur découvre les recherches menées en 1950 sur la position couchée du pilote, à partir du planeur d’entraînement Emouchet.

Certes, les Allemands avaient déjà abordé ce type de recherches pendant la guerre, mais les voilà de nouveau d’actualité cinq ans après la victoire ! Un Émouchet fut transformé pour étudier le pilotage couché (sur le ventre) avec un système de commande de Valroger. Il s’agit du SA-103 n° 21 qui fut plus tard immatriculé F-CBVT. En fait, Christian Ravel nous apprend qu’il s’agissait d’expérimenter la cabine à pilotage couché afin d’en intégrer les résultats à projet ambitieux, celui du Breguet 903 (ou S-10) stratosphérique.

 

Voici un extrait assez édifiant sur le « confort » du navigant d’essais : « Le pilote est allongé sur le ventre dans une baignoire épousant la forme du corps. La position de celui-ci est légèrement cabrée au sol et sensiblement horizontal en vol. La tête du pilote est maintenue relevée par une mentonnière de hauteur réglable en vol. La commande de gauchissement et de profondeur se fait à l’aide d’un levier unique placé à droite du pilote et articulé à la hauteur du coude qui repose sur un appui.

La commande de direction est constituée par des étriers à trois positions dans lesquels on engage le bout du pied; une gouttière empêche celui-ci de descendre trop bas et lui conserve sa liberté de manœuvre. Celle-ci s’effectue, non par élongation de la jambe du côté où l’on veut virer, mais par une rotation du pied autour de la cheville. La jambe n’a en effet, aucune liberté de mouvement.

La commande des aérofreins et du frein de roue est manoeuvrée par un levier unique, placé à gauche du pilote et masqué en vol par un appui sur lequel repose l’avant-bras gauche. Pour la présentation et l’atterrissage, cet appui est rabattu et dégage le levier d’aérofreins qui agira sur le frein de roue en bout de course.

Le tableau de bord a dû, pour des raisons d’encombrement être monté à l’envers, c’est-à-dire la face vers l’avant. Un miroir renvoie vers le pilote les indications des divers instruments : deux anémomètres, un variomètre, un altimètre, un niveau transversal à bille et un accéléromètre. »

Et le commentaire de M. legrand, qui signe un rapport d’essai : « La position couchée est rendue inconfortable par les objets que l’on a laissés dans les poches. La poignée d’ouverture commandée de certains types de parachutes entre dans les côtes du pilote. Les pilotes de grande taille devant utiliser le dernier échelon du palonnier ont les tibias qui portent sur les bords de la baignoire. Enfin, la position très relevée de la tête avec appui sur la pointe du menton est très inconfortable. Elle est fatigante et devient douloureuse lors des vols de plus d’une heure ».

 

Le petit planeur Emouchet, bien connu de tous les apprentis pilotes des années 50 à fin 70, était réputé pour sa facilité de pilotage et ses capacités « d’accrochage » des ascendances les plus faibles.

Malgré tout, le lecteur de l’ouvrage ne peut que rester pantois devant l’aventure survenue lors du premier vol de l’Emouchet à pilotage couché : « Notons une anecdote rapportée en septembre 2005 au signataire de ces lignes par M.Georges Ségard, alors jeune ingénieur participant aux études en soufflerie : lors du premier décollage, le pilote s’est aperçu que la profondeur avait été branchée à l’envers. Le pilote a toutefois réussi un tour de piste et un atterrissage sans casser le planeur !

 EMOUCHET COUCHE ECOCRCHE

(Profil infographie Alban Dury)

« Le planeur SA-103/SA-104 Emouchet et ses dérivés », de Christian Ravel, chez Bleu Ciel Editions, 212 pages format 21 x 29,7 cm, ISBN 978-2-9521228-8-7, 35 € + port