Un premier vol en Storch

Publié le par bleu-ciel-editions.over-blog.com

505 en vol 4

Il y a de ces rêves pour lesquels on arrête un jour

de croire qu’ils pourront se réaliser.

Celui que je nourrissais de voler

sur un Storch était de ceux-là.

Et pourtant, le rêve est devenu réalité.

Etant lâché sur la bête, je vous embarque

pour un tour de piste version années 50...

 

J’ai dans le cœur deux avions qui m’ont marqué car ils représentent mes débuts de pilote de planeur : le Morane-Saulnier MS-317 et le Storch. Piloter le 505, je croyais qu’il fallait en abandonner l’idée jusqu’au jour où le Président du Musée Régional de l’Air d’Angers, considérant que mes aptitudes au train classique laissaient quelque espoir, me proposera de m’asseoir dans le Storch.

 

Il devait être confiant car il n’y a aucune double commande au poste arrière. On est donc d’emblée lâché sur le 505, avec un gros bras musclé qui émerge de l’arrière pour parer à toute éventualité: celui de l’instructeur. La situation  force à la concentration.

 

Le démarrage est un sport d’équipe puisqu’il faut quelques camarades qui ont envie de vous voir voler pour brasser l’immense hélice Sensenich qui mouline devant. Pendant ce temps, on injecte à la pompe à main, l’essence qui va gorger le carburateur.

 

Enfin prêt. Un doigt sur le démarreur, une main pour tenir le manche en arrière et une main sur la manette des gaz (cherchez l’erreur!), on compte quatre pâles défilant devant le capot et on branche la bobine. Si tout va bien, ça tousse, ça hoquette, ça fume et ça démarre. On branche la magnéto et les cylindres se mettent à tourner rond au bout de quelques secondes. Le bruit est déjà «viril». Après un préchauffage assez long, on roule facilement et confortablement, les grands amortisseurs avalent les bosses du terrain avec douceur.

Aligné et prêt à décoller, vient le moment de fouetter les chevaux. Manette en avant, le régime grimpe vers les 2000 t/mn, se stabilise à 2200 dans un vacarme épouvantable. «L’impression de déchaîner les enfers», dit un de mes amis. Pas le temps de réfléchir, l’avion est déjà en vol, ses longues pattes retombées d’un bon demi-mètre, avec les roues pendant au bout. Déjà, il faut réduire à 2000 tours pour ne pas fatiguer inutilement le moteur et le Storch monte paisiblement à 100 km/h.

 

Premier virage. L’action sur le manche est franche. C’est lourd, pas subtil, mais comme dans les livres et il faut accompagner au pied pour garder la bille à sa place. Quelques virages expliquent pourquoi les pilotes du 505 sont musclés: il faut tenir la bête, même si elle a l’air très bonhomme dans son comportement. En vol lent, c’est le régal. Descente des volets grâce à la manivelle à chaîne, implantée à gauche de la cabine et l’avion s’assoit sur l’air, accroché à on ne sait quoi. Cela laisse le temps de regarder le paysage…

 

En approche sous 25° de courbure («largement suffisant», selon le Chef, derrière), le Storch arrive sous un plan bien pentu sans accélérer. L’arrondi se fait plus haut que sur n’importe quel avion léger en raison du train à grand débattement. La première fois, j’avoue que les roues étaient posées alors que l’avion volait encore (« Une grande classique», toujours selon le Chef, derrière). Avec l’expérience, l’atterrissage ultra court devient un exercice courant. Cet avion, on le poserait dans un jardin…

 

Le Storch est un avion de bûcheron côté pilotage, mais le charme est indéniable. Le moteur en étoile, la fumée, les odeurs, la visibilité et l’aspect préhistorique de la cabine, ça vous régénère le rêve pour quelques décennies…                                

R.G.

 (Extrait de Bleu Ciel Magazine n° 2) 

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